Un Appela La Solidarité Avec L'Afrique Déclaration des Évêques Catholiques Des Etats-Unis
Le document Un appel à la solidarité avec l'Afrique a été écrit par le Comité de Politique
Internationale de la United States Conference of Catholic Bishops (USCCB). Il a été
approuvé par l'ensemble des évêques catholiques des Etats-Unis lors de leur assemblée
générale en novembre 2001 et a reçu l'autorisation d'être publié par le soussigné.
Msgr. William P. Fay
Secrétaire Général, USCCB
Les citations des textes bibliques proviennent de la New American Bible, Copyright ©
1991, 1986 et 1970 par la Confraternity of Christian Doctrine, Washington, D.C. 20017
et sont utilisées avec leur autorisation. Tous droits réservés.
Egalement disponible en anglais: 5-464
Première édition : février 2002
ISBN 1-57455-867-6
Copyright © 2002, United States Conference of Catholic Bishops, Inc., Washington,
D.C. Tous droits réservés. Toute reproduction ou transmission, intégrale ou partielle, par
quelque moyen que ce soit, électronique ou mécanique, y compris la photocopie ou
l'enregistrement ou l'archivage, faite sans le consentement écrit de l'auteur est interdite.
Introduction
- L'Eglise en Afrique : une raison d'espérer
pour un continent en transition
- L'Eglise comme servante
- Autres signes d'espoir pour un continent confronté a différents défis
- Un continent confronté a des défis sans nombre
- Signes de conflit
- Pauvreté, maladies et poids de la dette
- Conflits et insécurité d'un continent
- Réfugiés et personnes déplacées
- Les Etats-Unis et la communauté internationale face au défi de l'Afrique
- Pauvreté, dette et développement
- Apporter une aide d'urgence pour soutenir le secteur de la santé
- Promouvoir le développement de l'éducation
- Promouvoir des relations commerciales qui soient
de vrais partenariats
- S'engager pour la paix en Afrique
- Assister les réfugiés et les personnes déplacées
- La solidarité entre l'Eglise catholique aux Etats-Unis et l'Eglise en Afrique
Conclusion
«Nous voulons adresser un mot d'espoir et d'encouragement à vous, la Famille de Dieu en
Afrique. […] Le Christ, notre espoir, est vivant ; vous aussi vous devez vivre ! » C'est ainsi
que les Evêques africains témoignaient en 1994 dans le Message du Synode de leur espoir
et du courage de l'Eglise catholique et des peuples de l'Afrique alors que le continent
africain se trouve confronté à des défis impressionnants et à des obstacles toujours
persistants. Ce message d'espoir inspire l'Eglise en Afrique à persévérer dans son combat
pour rendre visible la plénitude de la vie (Jn 10, 10) promise à toute personne humaine. Ce
message appelle une réponse sérieuse de la part de la communauté internationale, et tout
spécialement de la part de l'Eglise catholique aux Etats-Unis.
Notre attention pleine de diligence envers l'Eglise et les peuples d'Afrique est marquée par
deux convictions opposes : l'espoir et l'inquiétude. Nous écrivons pleins d'espoir,
reconnaissant l'histoire, la force, la spiritualité, le courage et la capacité de l'Eglise et des
peuples d'Afrique. Mais nous écrivons aussi profondément inquiétés par la prolifération des
conflits armés, par la détérioration du secteur de la santé et de l'éducation, par
l'affaiblissement des structures sociales et communautaires, et par la propagation incessante
de maladies et d'autres menaces qui mettent en danger la vie de nos frères et sœurs africains.
Nous craignons que les espoirs de l'Afrique ne puissent être ruinés par l'indifférence et
l'inaction en Afrique et dans le monde. Pour toutes ces raisons, nous élevons notre voix et
faisons écho à l'appel lancé par le Saint-Siège lors du Sommet du Millénaire des Nations-Unies afin que « l'Afrique bénéficie d'une attention spéciale, et que des efforts soient faits
afin de réellement répondre aux besoins. »1
Répondant à l'appel de l'Eglise en Afrique, en tant que pasteurs aux Etats-Unis, nous
reconnaissons les liens mutuels de solida-rité qui nous unissent, liens qui ont été tissés dans
la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Nous sommes solidaires de l'Eglise et des
peuples d'Afrique afin de reconnaître et soutenir leur courageux engagement en faveur de
la paix, de la justice et de la réconciliation. Nous encourageons la communauté catholique
aux Etats-Unis à mettre ses talents et ses ressources au service de la justice, de la paix et du
développement intégral du continent africain. Nous lançons un appel au gouvernement des
Etats-Unis afin qu'il ait un rôle central dans ce processus et accroisse son engagement en
travaillant avec les nations africaines afin de s'attaquer aux défis présents et assurer l'avenir.
Dans cette entreprise, nous nous souvenons des mots du Saint-Père : « L'Afrique n'est pas
destinée à mourir mais à vivre ! »2
Cet appel à la solidarité avec l'Afrique s'étend bien au-delà du simple témoignage de
l'Eglise. Très récemment, il a été exprimé par une prise de conscience progressive de la part
de la communauté internationale et par son engagement plus important en faveur du
développement et de la paix, avec et entre les peuples et les nations d'Afrique. Les récentes
réunions et initiatives sont le signe d'un engagement international croissant à travailler avec
les pays africains afin de combattre la pauvreté, le Sida/VIH et les maladies infectieuses, et
afin de promouvoir la paix, la sécurité et le développement. Ces efforts doivent être
encouragés et favorisés.
En lançant notre appel à la solidarité avec l'Eglise, avec les pays et les peuples d'Afrique,
particulièrement les pays d'Afrique sub-saharienne, nous reconnaissons la responsabilité
particulière et les moyens dont nous disposons, en tant que catholiques et citoyens des Etats-Unis. En tant que catholiques, nous embrassons le caractère universel de notre identité
chrétienne, une identité qui « transcende les frontières et nous appelle a vivre en solidarité
et justice avec les peuples de la terre. »3 En tant qu'Américains, nous reconnaissons la
position singulière dont jouissent les Etats-Unis en tant que l'une des nations les plus riches
de la planète. Cette position privilégiée nous impose des responsabilités. Le cri du pauvre
Lazare vers l'homme riche et insensible, dans l'évangile de Luc (Lc 16, 19-31), ne cesse de
nous rappeler notre sens des responsabilités. Nous ne pouvons satisfaire à nos obligations
morales envers les pauvres du monde en ne laissant que quelques miettes de notre abondance
matérielle aux peuples et nations d'Afrique sub-saharienne. Nous sommes appelés à un
engagement beaucoup plus important de nos ressources et de nos énergies.
Notre foi l'exige : Le message de salut apporté par Jésus est universel. Jésus révèle à chaque
personne sa propre dignité d'homme. Ce message proclamé par l'Evangile est à l'origine des
principes de l'enseignement social de l'Eglise, mettant au défi chaque personne de respecter
la vie et la dignité de tous et de réaliser les relations et la destinée commune de la famille
humaine dans son ensemble. Dans le Christ, nous découvrons les liens mutuels de solidarité
avec nos frères et sœurs d'Afrique.
Nos frères et nos sœurs appellent à l'aide : Alors que nous sommes témoins de souffrances
immenses et que nous entendons appeler à l'aide, nous reconnaissons les liens d'une foi
partagée et d'une humanité qui nous unit avec les peuples d'Afrique, en particulier avec les
pauvres. Le Pape Jean Paul II et l'Eglise en Afrique nous appellent à la solidarité et
recherchent notre aide. En tant que membres de l'Eglise universelle, nous « 'devons
continuer à exercer le rôle prophétique [de l'Eglise] et être la voix des sans-voix' afin que
partout la dignité de chaque personne humaine soit reconnue et que les personnes soient
toujours au centre des programmes gouvernementaux. »4 Répondre à cet appel est, pour
nous, une obligation.
Notre monde à besoin de cet effort : L'immensité de la pauvreté, de la violence, des maladies
et du désespoir, en particulier en Afrique sub-saha-rienne, menace la stabilité et la sécurité
de la communauté internationale. Différents peuples doivent reconnaître qu'ils partagent des
intérêts, des valeurs et des devoirs communs malgré les distances et les différences. La
promotion de ce bien commun international aidera tous les peuples à vivre en paix et en
sécurité.
Les Etats-Unis ont des responsabilités particulières : L'histoire de notre nation, sa richesse,
son pouvoir économique et politique et son rôle de leader dans le monde nous imposent une
responsabilité à laquelle nous ne pouvons nous dérober: nous devons aider les peuples
d'Afrique à vivre en paix et dans la dignité. Dès l'origine de notre nation, les descendants
du peuple africain ont joué un rôle majeur dans la défense de la démocratie et ont largement
contribué au développement social, culturel, économique et spirituel des Etats-Unis. Nous
devons reconnaître le rôle incommensurable que le drame de l'esclavage a joué dans le
développement et l'expansion de l'économie des Etats-Unis. Les descendants de ces citoyens
africains continuent de jouer un rôle essentiel dans la formation de l'identité américaine et
dans la promotion du bien commun. Pour ces raisons, les Etats-Unis ont clairement un devoir
moral d'adopter des politiques et de supporter des programmes qui encouragent le
développement intégral de l'homme ainsi qu'une croissance économique à long terme pour
les pays les plus pauvres, avec une attention toute particulière pour l'Afrique sub-saharienne.
Il ne s'agit pas là seulement d'une option politique possible mais d'une obligation morale.
Notre contribution peut être décisive : A un rythme alarmant, de nombreuses personnes
meurent encore en Afrique. Le continent fait face à des défis importants qui très souvent
fragilisent l'engagement des peuples dans leur quête de la justice, de la paix et du
développement intégral. Nos voix peuvent se joindre à celles de tant d'autres afin
d'encourager un engagement suivi, juste et global des immenses ressources de la planète afin
de mettre en œuvre des solutions définitives qui respectent, dans son intégralité, la dignité
humaine de nos frères et sœurs vivants dans les pays les plus pauvres d'Afrique.
Dans nos efforts pour répondre concrètement à cet appel à la solidarité avec l'Eglise et les
peuples d'Afrique, nous reconnaissons « que l'Afrique est un immense continent où des
situations très diverses se retrouvent […] Il est donc nécessaire d'éviter toute généralisation
hâtive tant dans l'évaluation des pro-blèmes que dans la proposition de solutions. »5 Notre
tâche ne saurait être de réduire la difficulté propre aux situations ou bien la complexité
propre à l'histoire des peuples, des régions et des nations en Afrique, dans un effort pour
trouver des solutions de par trop simplistes. Pas plus que nous ne saurions prétendre parler
au nom de l'Afrique, au nom du peuple et des nations de l'Afrique ou bien encore au nom
de l'Eglise catholique en Afrique. Non, nous sommes solidaires de l'Eglise d'Afrique ; nous
cherchons à attirer l'attention sur les problèmes de l'Afrique et sur son potentiel ; nous
voulons nous faire l'écho des Africains afin qu'ils puissent être enfin entendus par un monde
si souvent distrait.
L'Eglise en Afrique est profondément enracinée dans l'histoire du continent, et se caractérise
par sa croissance rapide, par sa spiritualité pleine de vie et par sa créativité. Dès la seconde
moitié du Ier siècle de notre ère, l'Eglise a activement accompli sa mission à travers les
communautés si vivantes d'Egypte, de Nubie (Sud de l'Egypte et Nord du Soudan),
d'Ethiopie et en Afrique du Nord et dans la Corne de l'Afrique [cf. document nO1, p. 6, sur
le développement de l'Eglise en Afrique]. Des papes africains, des théologiens, des maîtres
spirituels et des laïcs chrétiens engagés ont largement contribué à l'évolution de la réflexion
de l'Eglise quant à sa nature théologique et missionnaire et à son foisonnement spirituel, un
rôle qui continue encore aujourd'hui. Par la suite, alors que l'Eglise s'enracinait plus
profondément encore en Afrique au milieu de grands troubles, des missionnaires catholiques,
répondant à l'appel du Christ à prêcher et à enseigner toutes les nations, sont allés porter le
message d'espoir chrétien à travers le continent tout entier. Ces témoins engagés ont pris
soin des personnes, intégrant tant leurs besoins spirituels que physiques et sociaux. Ils ont
introduit des systèmes d'éducation et de santé qui, aujourd'hui encore, répondent aux
besoins de millions de personnes à travers le continent africain. Et ils ont partagé avec le
monde entier les valeurs et les idées qu'ils ont acquises par leur profonde communion avec
l'Eglise et ses membres en Afrique.
Aujourd'hui, l'Eglise catholique et d'autres communautés ecclésiales en Afrique se
développent à une vitesse inégalée dans le monde. Il y a un peu plus de 800 millions de
personnes vivant dans les 54 pays que compte l'Afrique, dont plus de 350 millions sont
chrétiens et plus de 116 millions sont catholiques.6 Les catholiques africains représentent
presque 15% de l'ensemble de la population africaine. L'Eglise catholique est une
communauté de foi vibrante, dynamique permettant un renouveau spirituel et social à travers
le continent et également au sein de notre communauté universelle de foi.
L'Eglise Comme Servante
En Afrique, l'Eglise catho-lique et d'autres groupes chrétiens animent des services sociaux
écoles, hôpitaux, cliniques, coopératives agricoles qui sont parmi les institutions non-gouvernementales les plus stables. Près de 17% de l'ensemble du système de santé en
Afrique sub-saharienne est administré par l'Eglise catholique. Dans des zones de conflit
intense, comme le Sud Soudan, l'Est Congo et la Sierra Leone, l'Eglise continue à répondre
aux besoins des personnes avec grand courage alors que les gouvernements et autres
organisations politiques échouent
Outre répondre aux besoins sociaux de nombre d'africains, l'Eglise en Afrique ne cesse de
défendre la vie humaine et la dignité de toute personne et de travailler pour la justice et la
paix, dans des situations très difficiles. Ainsi, par exemple :
- DANS LE SUD SOUDAN, les églises catholique et chrétiennes promeuvent les
droits de l'homme et réunissent diverses factions armées, afin de résoudre des différents
séculaires et afin d'établir des liens qui renforcent davantage encore les échanges et la
coopération mutuelle ; en même temps, dans le Nord Soudan, l'Eglise garantit l'accès à
des services de santé et d'éducation à nombre des 2 millions de personnes déplacées qui
ne reçoivent, par ailleurs, aucune assistance de la part de leur gouvernement.
- EN AFRIQUE DU SUD, la communauté catholique s'est unie à tant d'autres pour
s'opposer à l'apartheid et, aujourd'hui encore, elle aide à promouvoir guérison et
réconciliation tout en répondant aux besoins élémentaires de tant et tant en Afrique du
Sud. Avec l'aide de Catholic Relief Services (CRS - Caritas Internationalis), l'Eglise en
Afrique du Sud est en train de mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour lutter plus
efficacement contre l'épidémie du Sida/VIH qui affecte près de 25% de la population
adulte. Ces stratégies se fondent sur des soins apportés au sein de la communauté, sur
l'éducation et la dispensation d'une formation morale, sur l'engagement public, et la
promotion d'un plus grand accès aux médicaments de base pour le traitement du
paludisme, de la tuberculose et du Sida/VIH.
- EN AFRIQUE CENTRALE ET DE L'OUEST, l'Eglise est un acteur majeur,
œuvrant en collaboration avec d'autres, pour aider à la réforme des structures politiques
et à la réhabilitation des institutions nationales. Le Bénin et la République Démocratique
du Congo (ex-Zaïre) sont deux exemples où, au début des années 90, l'Eglise, par le biais
de ses évêques, a rendu possible et a dirigé les processus de réconciliation nationale,
appelant les uns et les autres à un plus grand respect de la démocratie, des droits de
l'homme et à une gestion des affaires publiques plus responsable et plus transparente.
- AU NIGERIA, au milieu de difficultés politiques, économiques et sociales énormes
la voix de l'Eglise résonne, en coopération avec les leaders d'autres églises chrétiennes
et la communauté musulmane, appelant à un dialogue substantiel entre religions, entre
ethnies et entre régions. L'Eglise à travers le continent doit être encouragée dans ses
efforts pour promouvoir un dialogue œcuménique et intereligieux, ainsi que la liberté
religieuse et le respect mutuel.
- AU KENYA, l'Eglise et d'autres groupes religieux ont pris la tête des efforts visant
à réformer la constitution, à défendre les droits de l'homme, et à supprimer la corruption.
Ces actions de l'Eglise en Afrique et d'autres encore sont les signes d'une communauté
cherchant, selon l'expression du Pape Jean Paul II, à demeurer « résolument du côté des
opprimés, des sans-voix et des marginaux. »7
A leur tour, les catholiques d'Afrique participent également pour une large part à la vie de
l'Eglise aux Etats-Unis. Des prêtres, des religieux et des religieuses venus d'Afrique, qui ont
été envoyés aux Etats-Unis pour y étudier ou pour y travailler, rendent un service important
à l'Eglise. Egalement, des laïcs africains se joignent à nous pour célébrer la vie, la mort et
la résurrection du Seigneur Jésus, et contribuent d'une façon unique à la vie de nos paroisses,
diocèses et autres structures d'Eglise. Leur expérience et leur sagesse peuvent aider à donner
une direction et un élan à nos efforts pour prêcher l'Evangile et pour promouvoir la justice,
la paix, les droits de l'homme et un développement pleinement humain en Afrique.
Autres Signes d'Espoir Pour un Continent Confronté à Différents Défis
Les nations africaines elles-mêmes sont les témoins de processus de changement et de
renouveau. L'Afrique du Sud a, d'une façon impressionnante, combattu sans violence le
régime de l'apartheid et a ainsi donné aux autres pays une leçon sur le pouvoir de la prière,
de la vérité et de la réconciliation. Le succès du récent processus électoral au Ghana
constitue un exemple pour d'autres nations parfois plus puissantes ou ayant une plus longue
tradition démocratique. L'engagement actif du Mozambique dans un programme de
reconstruction et de développement représente pour tout le peuple du Mozambique une
nouvelle source d'espoir et de nouvelles chances. Les leaders de cinq nations africaines, lors
du sommet du G-8 à Gênes (juillet 2001), ont présenté une proposition dans laquelle les
gouvernements africains s'engageaient à éliminer la pauvreté, à gouverner d'une façon plus
transparente, à rétablir l'état de droit, à arrêter le tribalisme et les conflits, à promouvoir un
développement et une croissance durables. Cette initiative invite également la communauté
internationale à accroître les investissements, l'assistance technique et à favoriser une
intégration plus équitable et plus harmonieuse de l'Afrique au sein de l'économie mondiale
afin de promouvoir le développement économique des pays africains. Les chefs d'état du G-8 ont bien accueilli cette proposition et sont tombés d'accord pour établir un nouveau
partenariat. Ces exemples sont la preuve que c'est la force et le courage des peuples et des
nations d'Afrique qui leur permet d'apporter des solutions efficaces à leurs problèmes.
L'Afrique n'est pas un continent perdu mais bien un lieu où les gens luttent pour résoudre
les problèmes du passé et les défis présents afin de construire un futur plein d'espoir.
La communauté mondiale doit beaucoup aux peuples d'Afrique. L'Afrique a toujours été
au service des autres nations à cause de ses nombreuses ressources en hommes et en matières
premières. Près de 15% des importations pétrolières des Etats-Unis et une large part de ses
importations de diamants, or, bois précieux et autres matières premières proviennent du
continent africain. De nos jours, les médecins et spécialistes africains, les éducateurs et
d'autres personnels formés participent à l'accroissement de la connaissance humaine. Les
docteurs et les chercheurs africains sont des partenaires essentiels dans la recherche de
nouveaux médicaments ou de médicaments plus efficaces afin de traiter les _maladies les
plus mortelles et les plus handicapantes. Les musiciens et artistes africains constituent de
nouvelles formes d'expressions artistiques qui ne cessent d'approfondir et d'élargir
l'expression esthétique des personnes, des pays et des cultures à travers le monde entier ;
d'autres encore excellent dans nombre de compétitions athlétiques à travers le monde.
Signes de Conflit
L'espoir chrétien ne doit pas être confondu avec un optimisme naïf. Bien que nous
reconnaissions les nombreux apports réalisés par les peuples d'Afrique - leur grand potentiel
humain et l'importance de leurs ressources naturelles - nous sommes aussi conscients des
nombreuses forces destructrices qui ont empêché et continue de menacer le développement
intégral des peuples et des nations africaines. L'esclavage, notamment, est un système
fondamentalement pervers et a privé le continent africain de ses plus précieuses ressources
: ses hommes, ses femmes et ses enfants. Des millions de personnes ont été arrachées de
force à leurs familles et à leurs communautés pour vivre dans des pays et dans des conditions
si humiliantes et si inhumaines que les mots ne sauraient rendre compte de leurs souffrances.
Notre propre nation, ainsi que le reste des Amériques, continue de vivre en portant le poids
d'un tel mal. Notre propre peuple porte encore en lui-même les marques de l'esclavage et
vit sur son histoire, une histoire qui n'a pas encore était complètement reconnue ou que l'on
n'est pas encore parvenu à réconcilier. L'Amérique a la responsabilité de dépasser l'héritage
de l'esclavage et du racisme et cette attitude doit se retrouver dans ses programmes et ses
politiques tant nationales qu'internationales. En outre, la communauté internationale et les
états africains doivent faire de nombreux efforts afin d'éliminer cette pratique ininterrompue
de l'esclavage dans des pays tels le Soudan et la Mauritanie.
L'héritage colonial de l'Afrique a contribué pour une part aux conflits, aux troubles et aux
haines entre les différentes ethnies de l'Afrique sub-saharienne. Au Soudan, au Rwanda, au
Burundi ou bien encore en République Démocratique du Congo, voire ailleurs, l'instabilité
socio-politique et les conflits ont pour origine les politiques d'aliénation, de discrimination,
d'exclusion sociale et de manipulation des identités ethniques menées afin d'assurer le
contrôle et la domination des nations coloniales sur de vaste étendues géographiques, sur
d'énormes richesses naturelles et d'immenses ressources humaines. Dans l'Afrique post-coloniale, les hommes politiques et les chefs militaires ont souvent employé les mêmes
méthodes pour exploiter ces ressources afin de satisfaire leurs propres fins. Tout au long de
ces étapes, l'Eglise en Afrique, dans son témoignage de foi, a lutté afin de rendre toujours
plus manifeste cette justice qu'elle-même ose proclamer aux autres.8
La corruption et une mauvaise gestion ont pillé les ressources des peuples africains,
réduisant par là-même leur capacité à répondre aux besoins humains les plus pressants.
Comme l'ont dit, l'année dernière, les évêques du Cameroun, « la corruption a atteint un
niveau suicidaire dans notre société. Cela est accepté comme une façon de faire normale, à
tel point que ceux qui la pratique ne ressentent plus le moindre remord. »9 Des facteurs
sociaux et culturels favorisent cette situation en Afrique. Malheureusement, certains
programmes d'assistance menés par des instituts multilatéraux ou bilatéraux de prêt ne se
sont pas assez centrés sur la réduction de la pauvreté et ont incidemment favorisé une
aggravation de la corruption. Ces instituts et ces programmes ont parfois été aveugles face
à la corruption et à la mauvaise gestion des affaires publiques en République Démocratique
du Congo, au Libéria, au Kenya, au Cameroun et ailleurs, tout cela au nom de la démocratie
et du développement. Quelque soit la cause de la corruption, celle-ci ainsi qu'une mauvaise
gouvernance font que des bébés sont mal nourris, des enfants sont illettrés, et que le
chômage touche de large part de la population.
Dans plusieurs pays d'Afrique sub-saharienne, le problème de la réforme agraire a donné
lieu à un examen approfondi des accords issus de la colonisation et des programmes de
réforme agraire mis en œuvre lors de la décolonisation. Ces programmes étaient basés sur
des expropriations injustes et ont continué, voire aggravé, la pauvreté et le sous-développement. La Conférence des Evêques d'Afrique du Sud reconnaît « qu'en Afrique du
Sud une très large proportion des terres arables demeurent entre les mains d'une minorité
qui, historiquement, l'a obtenu par des moyens injustes. »10 Le Zimbabwe est probablement
l'exemple le plus marquant où la violence, l'instabilité, la mise entre parenthèse de l'état de
droit et la corruption ont ruiné toutes les tentatives des gouvernements africains visant à
s'attaquer au problème de la réforme agraire.11 La communauté internationale devrait
soutenir et encourager une réforme agraire juste et équitable entreprise par les
gouvernements africains, en tant qu'élément d'une stratégie plus large visant à l'élimination
de la pauvreté. Ainsi « la destinée universelle des biens terrestres » pourrait être
accomplie.12
Pauvreté, Maladies et Poids de la Dette
L'indigence et les privations dont souffrent tant d'Africains requièrent de la part de la
communauté internationale, y compris notre pays, une réponse urgente. Des centaines de
millions de personnes se meurent et se voient dénier des éléments fondamentaux de leur
dignité humaine. Près de 300 millions d'africains, nombre à peu près équivalent à la
population des Etats-Unis, vit dans la pauvreté extrême, n'ayant pour survivre qu'un peu
moins d'un dollar par jour. La plupart n'ont pas accès aux services de santé ou bien à l'eau
potable. Le paludisme, la tuberculose, le Sida/VIH et d'autres mala-dies transmissibles
menacent d'exterminer dans les 20 prochaines années près d'un quart de la population de
certains pays d'Afrique [cf. document nO2, p. 14 les maladies transmissibles et leur influence
sur l'Afrique sub-Saharienne]. Une telle dévastation de la population dans son ensemble fera
qu'il y aura encore moins de professeurs, de paysans, de professionnels de la santé ainsi que
d'autres professions.
Les enfants représentent l'un des groupes les plus touchés par la pauvreté. Nombre meurent
de faim ou par manque de soins médicaux. Des millions d'enfants sont illettrés, ont une
espérance de vie limitée et n'ont pas de soutien de la part de leur famille. D'autres sont
enrôlés de force dans l'armée ou bien incorporés dans les milices des rebelles. Les orphelins,
les enfants vivants dans la rue, et les familles ayant à leur tête un enfant se comptent par
dizaines de millions parce que les parents sont eux-mêmes victimes de maladies ou de
conflits. Les femmes africaines, également, souffrent plus que les autres de la pauvreté, du
manque de soins médicaux et de leur faible représentativité politique. On entre ainsi dans
un cercle vicieux où la pauvreté, la mort, la désintégration des familles et des systèmes de
soutien traditionnel, la perte d'identité sociale et les privations ne cessent de s'aggraver.
Plusieurs pays d'Afrique sub-saharienne doivent également faire face au poids très lourd du
remboursement de la dette. Même avec un allègement accru de la dette internationale,
fortement encouragée par notre conférence des évêques en 1999 dans sa déclaration A
Jubilee Call for Debt Forgiveness (Appel à la réduction de la dette à l'occasion du Jubilé),
un certain nombre de pays d'Afrique sub-saharienne continuent à payer des remboursements
qui représentent près d'un quart des revenus du pays et qui, ce faìsant, détournent d'autant
ce qui aurait pu être utilisé pour des services de santé, pour l'éducation et d'autres projets
visant à éliminer la pauvreté. En cette ère de globalisation, l'Afrique devient rapidement
l'endroit principal dans le monde où se trouve concentrée la pauvreté.13 Compte tenu de
l'aggravation de la crise, ce que nous faisons pour l'instant pour lutter contre cet état de fait
n'est pas suffisant et demeure en l'état inacceptable.
Conflits et Insécurité d'un Continent
Alors que la plus part de l'Afrique vit en paix, certains des conflits les plus meurtriers de la
planète continuent à faire rage sur le continent africain. La guerre qui sévit au Soudan depuis
18 ans, et est associée à une campagne systématique d'islamisation et d'arabisation,
constitue un quasi-génocide au cours duquel 2 millions de personnes sont mortes et plus du
double ont été déplacées. Le monde ne peut ignorer l'odieux abus de pouvoir que représente
le gouvernement soudanais. La guerre en République Démocratique du Congo a causé la
mort de 3 millions de personnes rien que dans les trois dernières années. Un nombre
important d'amputations de mains ou de pieds en Sierra Leone, la dépopulation de larges
zones en Angola, les combats féroces au Burundi sont autant d'illustrations de cet héritage
de mort et de destruction qui a ruiné les efforts accomplis afin d'éradiquer la pauvreté et le
développement à long terme.
Les conflits en Afrique sont de plusieurs types. La manipulation des identités culturelles et
religieuses afin de gagner ou consolider un pouvoir politique, économique ou bien social
représente un genre de conflit particulièrement regrettable. La situation au Sud Soudan, au
Burundi et au Rwanda démontre combien l'identité culturelle et ethnique peut être employée
pour cultiver une culture de haine et de profonde suspicion entre différents groupes
ethniques, pouvant mener jusqu'au génocide. Au Rwanda en 1994, plus d'un demi-million
de personnes (soit 8% de la population) ont été massacrées en l'espace de trois mois
seulement. Pour les chrétiens, il est particulièrement douloureux de voir que les différences
ethniques au Rwanda, comme ailleurs, déchirent l'unité et l'amour qui a été confié par le
Christ à son Eglise. L'Eglise, les personnes au Rwanda ou d'autres pays déchirés par des
conflits inter-communautaires ont besoin de nos prières incessantes et de notre soutien alors
qu'elles s'efforcent d'aller au-delà de l'héritage de la haine raciale et de reconstruire des
sociétés stables et multi-ethniques où règne la justice.
L'utilisation de l'identité religieuse - par exemple l'opposition des musulmans envers les
chrétiens et des chrétiens envers les musulmans - représente un développement
particulièrement inquiétant. Le déni systématique du gouver-nement soudanais de toute
liberté religieuse, les violations des droits de l'homme, le bombardement des populations
civiles et la réduction en esclavage de femmes et d'enfants démontrent comment l'identité
religieuse et culturelle peuvent être manipulées afin de servir des fins politiques et
économiques. Ce détournement de la religion à des fins politiques empoisonne différentes
régions d'Afrique et prive nombre d'africains de leur vie et de leurs droits [cf. p. 16 :
compte-rendu de l'église du Soudan].
La richesse de l'Afrique en terme de ressources naturelles, qui aurait dû être une importante
source de bienfaits, est parfois devenue une source de grandes souffrances. Ainsi le lien entre
les ressources naturelles et les conflits en Afrique ne cessent de devenir plus évident. Les
diamants et le pétrole, notamment, représentent deux sources d'inquiétude. En Sierra Leone,
en Angola, et en République Démocratique du Congo, les conflits à propos des diamants ont
généré d'intenses souffrances humaines et ont amené une instabilité politique. La
prospection et l'exploitation pétrolières dans le delta du Niger ont engendré outre un
accroissement de la pauvreté, une privation des droits civiques, et des désastres écologiques
pour les gens et la région. De même, au sud du Soudan, la prospection pétrolière a conduit
à des déplacements forcés d'un nombre important de personnes et contribue à la guerre
cruelle menée par le gouvernement contre le Sud. Le pétrole a aussi contribué à la guerre
civile en Angola pendant plusieurs dizaines d'années. Dans chacun de ces pays, des
entreprises étrangères - américaines, européennes, asiatiques etc. - tirent d'importants
bénéfices de l'exploitation du pétrole et des diamants alors qu'elles ne prêtent que peu
d'intérêts aux effets négatifs que leurs activités peuvent avoir sur la paix, la stabilité, les
droits de l'homme et l'environnement. Aux termes de ce commerce de ressources naturelles,
des individus, des multinationales et des gouvernements étrangers ont fourni des armes aux
gouvernements africains et à des groupes non-gouvernementaux ce qui a conduit à une plus
grande instabilité et à de plus grandes souffrances humaines.
Il est trop facile d'ignorer ces guerres sous prétexte qu'elles sont des conflits ethniques très
complexes, sous prétexte qu'une influence extérieure est sans effet ou bien encore parce
qu'elles sont de peu d'intérêt stratégique pour les Etats-Unis et pour la communauté
internationale. Il est évident qu'il échoit avant tout aux leaders politiques et militaires de ces
pays de résoudre ces conflits. Mais les Etats-Unis et la communauté internationale ne
peuvent ignorer plus longtemps qu'il est également de leur responsabilité d'aider à l'arrêt
de ces conflits. Malheureusement, il semble que des facteurs raciaux, économiques,
politiques ou bien la proximité géographique affectent d'une façon disproportionnée la
politique étrangère de notre pays. Alors que le génocide des Balkans a vu un engagement
important des Etats-Unis, celui du Rwanda n'a pas eu d'écho. De même le conflit en Irlande
du Nord attire l'attention des Etats-Unis, mais pas la guerre et les persécutions au Soudan.
Nous espérons que ces exemples dramatiques vont susciter un nouvel intérêt et donner lieu
à un nouvel engagement.
Réfugiés et Personnes Déplacées
Le nombre important de réfugiés et de personnes déplacées au sein des pays est une des
conséquences directes de ces guerres civiles incessantes et de l'instabi-lité politique en
Afrique. L'Afrique regroupe plus de 3,5 millions de réfugiés - près de 30% du nombre total
de réfugiés dans le monde - et environ 50% des 25 millions de personnes déplacées de par
le monde. Dans la Corne de l'Afrique (Soudan, Somalie, Ethiopie, Erythrée), dans la région
des Grands Lacs (République Démocratique du Congo, Rwanda, Burundi, Uganda) et en
Afrique de l'Ouest (Sierra Leone, Liberia, Guinée) des millions de réfugiés ont fuit
l'instabilité de leurs terres natales principalement à cause des conflits incessants qui s'y
déroulent. Ces réfugiés ont alors à une existence misérable et instable dans des camps de
réfugiés sans sécurité aucune. Nombre de ces camps connaissent des violences, des pénuries
alimentaires, des conditions d'hygiène insuffisantes et des manques d'eau potable. A cause
du manque de ressources et de volonté politique de la part de la communauté internationale,
beaucoup de réfugiés, pour qui l'installation dans un nouveau pays est la seule solution
durable, languissent dans des camps pendant des années.
Les personnes déplacées, c'est-à-dire celles qui sont obligées de quitter leurs maisons mais
ne franchissent pas une frontière internationale, se trouvent souvent confrontés à des
situations encore plus désespérées. Comme ces personnes déplacées ne bénéficient pas de
protection légale internationale et qu'aucun organisme international n'a pour mission de leur
venir en aide, ils manquent souvent des éléments de première nécessité pour survivre et ne
bénéficient pas de l'asile ou du droit de s'installer dans un autre pays. Ils sont même
confrontés à des dangers encore plus graves parce qu'ils restent pris entre deux feux, étant
une fois de plus les victimes des guerres civiles et des violations des droits de l'homme par
leur gouvernement et les autres belligérants. Par exemple, la guerre civile au Soudan dure
depuis 18 ans et a produit plus de personnes déplacées que partout ailleurs dans le monde
: 4 millions de personnes qui vivent dans des conditions inhumaines et demeurent
vulnérables à tout bombardement aérien et déplacement imposé par les milices armées.
Le monde ne peut plus ignorer la terrible situation des réfugiés et des personnes déplacées
en Afrique. Nombre d'états africains ont accueilli les réfugiés qui cherchaient protection
chez eux. Ils leurs ont offert la sécurité et l'aide qu'ils pouvaient leur donner. Mais cela ne
saurait remplacer un engagement plus important des ressources américaines et
internationales afin de protéger les réfugiés et les personnes déplacées en Afrique.
La politique étrangère des Etats-Unis à l'égard de l'Afrique a changé depuis la fin de la
guerre froide. Durant l'ère post-coloniale, l'Afrique a été trop souvent le lieu de conflits par
pays interposés entre les Etats-Unis et l'ancienne Union Soviétique. Guerres, régimes
dictatoriaux et corrompus, violations des droits de l'homme et sous-développement sont le
résultat d'une telle période [cf. document nO6, p. 28 : Mines en Afrique et commerce des
armes issues de la guerre froide]. De nos jours, il y a moins d'interventions extérieures mais
de plus en plus d'indifférence et de moins en moins d'engagement. Avec la fin de la guerre
froide, il y a désormais de moins en mois de raisons stratégiques en faveur d'une
intervention en Afrique. En revanche, d'un point de vue éthique, les raisons d'un tel
engagement sont plus pressantes que jamais. Les Etats-Unis ne sauraient ignorer l'Afrique
sous prétexte que le continent africain ne correspond pas à nos priorités stratégiques mais,
au contraire, nous devons avoir une vision plus large de nos intérêts nationaux, de nos
devoirs vis-à-vis du continent le plus pauvre de la planète. Notre pays devrait accorder une
aide au développement plus importante pour les pays d'Afrique sub-saharienne, notamment
une aide pour le système de santé qui est si délabré. Les Etats-Unis devraient aussi chercher
à nouer et développer des relations commerciales qui permettent d'éradiquer la pauvreté.
Enfin, les Etats-Unis devraient jouer un rôle plus important dans la promotion de la paix en
Afrique.
Pauvreté, Dette et Développement
Pour pouvoir répondre aux défis auxquels les peuples et les pays d'Afrique sont confrontés,
il faut une assistance au développement très largement supérieure à ce qu'elle est
actuellement. Que notre pays ne prête pas sérieusement attention aux besoins de l'Afrique
est un scandale. Contrairement à ce que l'on pense généralement, l'aide au développement
engagée par les Etats-Unis est la plus faible des pays développés, en terme de part du produit
national brut (PNB) (voir le graphique ci-dessous). L'effort des Etats-Unis en Afrique sub-saharienne est insuffisant pour représenter une contribution substantielle, compte tenu de la
nature des problèmes ainsi que du rôle de leader de l'Amérique dans le monde. Notre pays
donne moins dans cette région, en pourcentage du montant total d'aide allouée, que presque
tous les autres pays donateurs. Les évêques catholiques des Etats-Unis ont demandé qu'un
milliard de dollars soit consacré à la réduction de la pauvreté en Afrique sub-saharienne, ce
qui ramènerait l'assistance américaine (part du montant total de l'aide consacrée à l'Afrique
sub-saharienne) à un niveau légèrement au-dessus à ce que donne le troisième pays le moins
généreux.14
Il faut plus d'argent mais l'argent seul n'est pas suffisant. Ces fonds peuvent être détournés
de cette tâche si urgente qu'est l'élimination de la pauvreté à cause de la corruption, des
conflits régionaux, de gouvernements faibles ou bien oppresseurs, et d'une mauvaise gestion
de l'économie. La paix, la stabilité et un bon gouvernement sont les conditions essentielles
pour l'éradication de la pauvreté et requièrent une attention vigilante de la part tant des pays
donateurs que des pays africains eux-mêmes. La campagne en faveur de l'éradication de la
pauvreté doit être menée par et pour les Africains, en considérant en premier les intérêts des
personnes. La société civile doit jouer un rôle plus important afin de s'assurer du bon
gouvernement des affaires publiques et de la formation d'une meilleure compréhension du
bien commun.
Les Etats-Unis, en particulier, doivent réorienter leurs politiques étrangères d'aide afin de
s'engager plus avant et plus spécifiquement en faveur d'une éradi-cation globale de la
pauvreté, en donnant la priorité à l'Afrique sub-saharienne. En outre, les investissements
américains en faveur de l'éradication de la pauvreté dans les régions les plus pauvres
d'Afrique doivent tenir compte de nos valeurs et espoirs en tant qu'êtres humains. Plusieurs
programmes humanitaires en cours mettent trop l'accent sur des contrôles de population,
moralement discutables. Comme le disait le Pape Paul VI, « les gens sont certainement
tentés d'agir d'une façon autoritaire pour réduire le nombre d'invités à la table au lieu
d'accroître la quantité de nourriture placée sur celle-ci. »15 Au contraire, un engagement en
faveur de la solidarité humaine nous permettrait de faire du monde un lieu où chacun est
accueilli, notamment les plus pauvres.
Les Etats-Unis et la communauté internationale devraient également continuer et renforcer
leurs engagements en faveur de l'allègement de la dette pour les pays les plus pauvres, dont
la plupart sont en Afrique. Au minimum, les pays devraient agir afin de réduire le montant
consacré au remboursement de la dette à 10% des revenus nationaux au maximum, pour tous
les bénéficiaires de l'initiative en faveur des pays les plus endettés (HIPC).16 Cet allègement
devrait être accordé en sus et non pas au dépens d'une augmentation substantielle des
investissements en faveur de l'assistance au développement et des programmes de santé qui
ont déjà été discutés précédemment. L'allègement de la dette ne peut être considéré
isolément : cet allègement ne réussira dans ses objectifs que s'il fait partie d'une approche
plus large de l'éradication de la pauvreté pour les pays les plus vulnérables de la planète.17
Apporter une Aide d'Urgence Pour Soutenir le Secteur de la Santé
La situation sanitaire catastrophique de l'Afrique représente un défi particulier pour le
développement. Outre l'augmentation des fonds disponibles pour la recherche et la
fourniture des médicaments de base pour la prévention et le traitement du paludisme, de la
tuberculose et d'autres maladies transmissibles, entre 4 et 5 milliards de dollars, au moins,
sont nécessaires pour pouvoir commencer à s'attaquer sérieusement à l'épidemie du
Sida/VIH. [Cf. document nº 5, p. 25: statistiques relatives à l'épidemie de Sida/HIV en
Afrique sub-Saharienne.] L'engagement, à Gênes, des pays du G-8 et de l'Union
Européenne, en juillet 2001, à allouer davantage de ressources pour combattre le Sida/VIH
doit être saluée mais les montants proposés sont largement insuffisants. L'argent devrait être
utilisé pour une stratégie clairement définie de traitement et de prévention adaptée,
s'attaquant aux causes les plus profondes de cette épidémie. Au lieu de cela, certaines des
approches de la prévention du Sida/VIH actuellement en vigueur, ou bien celles proposées,
ne respectent pas les sensibilités culturelles et religieuses de l'Afrique et sont en désaccord
avec les principes de la morale catholique. Nous demandons instamment une augmentation
des montants alloués pour les médicaments et les traitements, pour la recherche, pour les
systèmes de santé de base et pour les soins de ceux qui vivent avec le Sida/VIH, ainsi que
des programmes d'éducation adaptés qui fournissent une information exacte à propos de la
transmission de la maladie et favorisent un comportement sexuel responsable. Nous
demandons également que la communauté internationale - et les grandes compagnies
pharmaceutiques - répondent plus efficacement aux besoins des patients atteints du Sida
dans les pays pauvres, « afin que ces hommes et ces femmes, fatigués dans leur corps et leur
âme, puissent avoir accès aux médicaments dont ils ont besoin. »18
Promouvoir le Développement de l'Éducation
La jeunesse de l'Afrique est évidente. Non seulement au travers des statistiques mais elle est
également visible dans les rues, sur les marchés et dans les églises de n'importe quelle ville
ou village d'Afrique. Cette jeunesse donne de l'espoir et le sens d'un renouvellement
perpétuel au milieu de défis importants. Cela peut, cependant, devenir la source d'une grande
instabilité et accélérer le délabrement de la société à moins que des ressources adaptées et
une chance ne soient données à ceux qui sont destinés à aider à la construction de la société
humaine.
Le gouvernement américain et la communauté internationale reconnaissent l'importance de
renforcer l'éducation en Afrique. Les conflits, les maladies et d'autres facteurs ont décimé
les rangs de professeurs dévoués et qualifiés. Les enfants sont contraints d'abandonner leurs
études et d'assumer des rôles d'adultes, tels celui de parents ou de soldats. L'éducation joue
un rôle essentiel dans la formation de la conscience morale, dans la participation responsable
aux processus démocratiques, dans la maîtrise de connaissances techniques et
professionnelles, dans la promotion du bien commun, dans le développement d'une
compréhension globale de la sexualité et des relations humaines. L'Eglise aux Etats-Unis
et le gouvernement américain doivent supporter avec énergie les efforts de l'Eglise et
d'autres groupes de la société civile et des gouvernements en Afrique en faveur d'un accès
universel à une éducation de qualité afin que les espoirs et les rêves de la jeunesse d'Afrique
puissent se réaliser.
Promouvoir des Relations Commerciales Qui Soient de Vrais Partenariats
Outre abattre les barrières commerciales existantes afin de promouvoir la croissance, un
système commercial équitable devrait également améliorer la vie et accroître la dignité de
chacun, diminuer les injustices économiques et aider à l'éradication de la pauvreté. Les
relations commerciales entre les Etats-Unis et les pays développés ou en voie de
développement doivent tenir compte des droits de l'homme et du développement durable.
Ainsi, pour évaluer les relations commerciales des Etats-Unis avec l'Afrique, le critère moral
doit être de savoir si celles-ci favorisent ou non la réduction de la pauvreté parmi les pays
les plus pauvres en Afrique.
La politique commerciale des Etats-Unis devrait se concentrer sur l'ouverture des marchés
américains aux produits africains et aider à réduire la dette internationale de l'Afrique. Les
marchés européens doivent ouvrir leur commerce agricole et leurs industries aux nations
africaines et doivent également modifier à la baisse leurs droits de douane actuellement trop
élevés dans le domaine agricole. Des normes efficaces en matière de droits de l'hommes,
d'environnement et de droit du travail sont nécessaires pour satisfaire les exigences de la
justice sociale. La négociation et la mise en œuvre des accords commerciaux, notamment
ceux concernant les droits à la propriété intellectuelle et le dépôt de brevets relatifs aux
formes de la vie (plantes, semences) devraient être entreprises, en consultation avec les
gouvernements africains et la société civile, afin de protéger les droits et la dignité de toutes
les parties. De cette façon, les relations commerciales Etats-Unis - Afrique pourraient aider
à promouvoir des échanges équitables, un plus grand développement, une participation
politique et économique au sein des sociétés africaines plus importante et ainsi renforcer la
capacité du continent africain à croire en son propre avenir.
S'engager Pour la Paix en Afrique
Les Etats-Unis, les compagnies internationales et la communauté internationale peuvent
jouer un rôle plus constructif dans l'établissement de la paix en Afrique, de plusieurs façons
:
- Les Etats-Unis pourraient et devraient avoir un rôle plus important dans la recherche
d'une paix juste et durable au Soudan, en République Démocratique du Congo, en Angola,
en Sierra Leone et ailleurs en Afrique. La politique étrangère des Etats-Unis devrait avoir,
comme l'un de ses objectifs principaux, la résolution de ces conflits d'une façon juste.
Une aide financière accrue et d'autres aides encore sont nécessaires pour renforcer les
efforts visant à une réconciliation entre et parmi les peuples d'Afrique sub-saharienne.
- Au niveau financier, logistique et politique, les Etats-Unis devraient contribuer
beaucoup plus activement aux efforts des Nations Unies et aux efforts régionaux en
Afrique en faveur du maintien de la paix. Nous devons tirer une leçon de la tragédie au
Rwanda où notre gouvernement, avec d'autres, refusa d'accorder son soutien à une force
internationale relativement limitée en nombre qui, selon les experts, auraient pu empêcher
le génocide.
- Les Etats-Unis devraient encourager un contrôle international des transferts d'armes,
notamment en matière d'armes légères qui continuent à alimenter, accroître et prolonger
les conflits en Afrique. Un engagement plus important des Etats-Unis en ce qui concerne
la question des ventes d'armes légères et d'équipement léger pourrait aider à réduire ce
commerce dangereux.
- Les Etats-Unis devraient signer le traité d'interdiction des mines anti-_personnelles
(1997). Le rôle prépondérant des Etats-Unis en stoppant l'exportation de mines et leur
participation aux programmes de déminage est sérieusement compromis par son
incapacité à reconnaître l'effort général qui est mené afin de bannir les mines anti-personnelles.
- Les gouvernements, les institutions financières internationales et les entreprises
privées engagées dans la prospection, le développement, la production et la vente de
ressources natu-relles (par exemple, le pétrole, les diamants, le bois, les minéraux et les
pierres précieuses) ont tous une responsabilité morale de s'assurer que le développement,
par ailleurs légitime, de ces ressources ne contribue pas cependant, directement ou
indirectement, à la corruption, aux conflits et à la répression. Les entreprises
transnationales devraient adopter des codes de conduite qui renforcent leurs
responsabilités sociales, qui orientent leurs activités vers la réalisation du bien commun,
et qui adoptent une politique de transparence pour les opérations financières et les
responsabilités liées à celles-ci.19 Dans certains cas, il peut être nécessaire pour les
autorités internationales de sanctionner des compagnies qui viendraient à abuser. Ce sont
là des moyens concrets de protéger et de promouvoir les droits, la dignité et le
développement social des peuples et pays d'Afrique.
Assister les Réfugiés et les Personnes Déplacées
Bien que le nombre de réfugiés africains admis aux Etats-Unis ait sensiblement augmenté
ces dernières années, les réfugiés africains n'en continuent pas moins à représenter un faible
pourcentage du nombre total de réfugiés admis aux Etats-Unis.
- Le nombre de réfugiés africains admis devrait être augmenté pour parvenir à des
niveaux en rapport avec la gravité et l'importance de la crise des réfugiés africains. Les
Etats-Unis devraient également augmenter sensiblement leur aide internationale en faveur
des réfugiés en Afrique.
- Les Etats-Unis devraient assumer un rôle clef pour s'assurer que les personnes
déplacées reçoivent une aide internationale adaptée et que les gouvernements
impliqués dans des conflits armés ne prennent pas pour cible les populations
déplacées.
AAu cours de ces dernières années, notre conférence s'est engagée de plus en plus sur des
problèmes de grande importance pour l'Eglise et les peuples en Afrique. Nous étions
solidaires de l'Eglise en Afrique du Sud, dans son témoignage contre l'apartheid et dans sa
lutte courageuse pour lutter contre ce mal d'une façon non-violente. Nous nous tenons aux
côtés des évêques et de l'Eglise au Soudan dans leur quête pour la paix, pour la liberté
religieuse, pour mettre un terme à l'esclavage et aux enlèvements. Nous nous tenons à leurs
côtés dans leur appel aux compagnies pétrolières et aux gouvernements impliqués dans
l'exploitation du pétrole afin qu'ils aident à promouvoir la paix, la transparence et un partage
équitable des revenus de leurs activités. Les récents voyages en cette région de notre
conférence renforcent davantage encore nos liens mutuels de solidarité. En usant de tels
moyens et d'autres encore, l'Eglise catholique aux Etats-Unis essaye de répondre aux
besoins de l'Eglise et des peuples d'Afrique.
Catholic Relief Services (CRS-Caritas Internationalis) continue son travail en Afrique, un
travail commencé il y a 50 ans. CRS est maintenant engagé dans des programmes répartis
dans 36 pays d'Afrique sub-saharienne, pour un montant total annuel de 140 millions de
dollars. CRS travaille avec des partenaires de l'église locale ou autres dans des domaines tels
que la santé, l'agriculture, l'éducation, le micro-financement, la crise du Sida/VIH, la
réconciliation et l'établissement de la paix. CRS est également largement impliqué dans
notre Campagne Catholique pour l'Allègement de la Dette, dans l'élimination de la pauvreté,
la promotion d'un accès plus important aux soins de base et aux médicaments de première
nécessité dans la lutte contre le Sida/VIH, et la promotion d'investissements responsables.
Les catholiques des Etats-Unis, en contribuant au financement de CRS, aideront à renforcer
sa capacité à répondre aux besoins nombreux et changeants de l'Eglise et des peuples en
Afrique. Ils peuvent également participer au travail de CRS grâce à des actions politiques
efficaces et coordonnées, entreprises au nom des peuples et des pays d'Afrique.
Parmi les nombreuses organisations catholiques américaines qui travaillent en Afrique, la
Holy Childhood Association, la Propagation of the Faith et la U.S. Catholic Mission
Association méritent une mention particulière. En outre, la Catholic Near East Welfare
Association continue à fournir une assistance en Egypte, en Erythrée et en Ethiopie. Les
ordres religieux catholiques, les congrégations et instituts, les programmes diocésains qui
envoient des prêtres des Etats-Unis ou bien encore le nombre croissant de services fournis
par des missionnaires laïcs catholiques américains, tout cela participe de notre témoignage
de solidarité envers l'Eglise en Afrique. Le service des migrations et des réfugiés des
évêques catholiques des Etats-Unis fournit une aide aux réfugiés africains qui s'installent
aux Etats-Unis. Les paroisses catholiques ouvrent grandes leur portes pour apporter une aide
spirituelle, morale et financière à nos frères et sœurs d'Afrique. Ainsi, les liens mutuels de
solidarité sont renforcés et l'Eglise catholique des Etats-Unis se voit enrichie.
Les catholiques américains peuvent aider de plusieurs autres façons la promotion d'un
développement juste et équitable en Afrique :
- LA PRIÈRE : la prière doit toujours être le point de départ et le fondement de tout
travail de solidarité. Trop souvent nous ne parvenons pas à reconnaître le pouvoir de la
prière et combien cela est important pour nos frères et sœurs, confrontés à des situations
de grande difficulté, de savoir que nous sommes réellement avec eux dans la communion
de l'Esprit.
- DES INVESTISSEMENTS RESPONSABLES : Les fonds de retraite et d'autres
fonds d'investissement peuvent être utilisés pour renforcer la capacité de l'Afrique à
répondre à ses propres problèmes ou bien, mal investis, ils peuvent servir à accroître les
conflits et les souffrances de l'homme [cf. document nº 6, p. 33].
- UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE : Les catholiques gérant des entreprises
américaines ou transnationales ont une responsabilité particulière dans l'exercice de leurs
obligations professionnelles, particulièrement là où les activités de leurs entreprises
pourraient aviver les conflits, la corruption, les violations des droits de l'homme et la
dégradation de l'environnement en Afrique. Ils peuvent jouer un rôle essentiel dans la
promotion d'une économie juste et prospère pour l'Afrique.
- LA FORMATION ET L'ENGAGEMENT DANS DES ACTIONS PUBLIQUES
: Des individus et des groupes au sein de l'Eglise catholique aux Etats-Unis sont
activement engagés avec l'Eglise en Afrique dans la promotion des droits de l'homme,
dans l'allègement de la dette, dans l'augmentation de l'aide au développement, dans la
démobilisation des enfants-soldats, dans la promotion de la paix dans les régions troublées
et dans la protection de l'environnement. Nous encourageons les diocèses à aider les
catholiques à se former à propos de l'Afrique et, dans des actions publiques, à s'engager
en faveur de la promotion de la justice, de la paix et du développement.
- DES PARRAINAGES ENTRE DIOCÈSES ET ENTRE PAROISSES : les
diocèses et les paroisses ont trouvé que les parrainages entre diocèses et entre paroisses
d'Afrique ou bien d'autres parties du globe étaient des expériences enrichissantes,
manifestant leur communion avec d'autres membres du Corps du Christ et étant un moyen
d'approfondir leurs liens de solidarité avec une Eglise devant faire face à de grands
besoins. De tels projets de jumelage regroupent des programmes d'échange de membres
de communauté entre l'Afrique et les Etats-Unis, des programmes réciproques de
formation spirituelle, des subventions en faveur du développement, des actions politiques,
et d'autres échanges. Cela inclut aussi des programmes d'éducation offerts par les
structures diocésaines ou bien les paroisses pour sensibiliser davantage et appeler à
l'engagement avec l'Eglise et les peuples d'Afrique. Puissent ces initiatives continuer à
se développer, augmentant ainsi la solidarité universelle de l'Eglise.
Chaque année, les diocèses des Etats-Unis sont invités à prêter une attention spéciale à
l'Eglise et aux peuples d'Afrique. Des prières, des intentions de messe, des programmes
d'éducation et un grand nombre d'autres moyens peuvent être employés pour exprimer
une telle solidarité.
Le Synode pour l'Afrique nous a rappelé les innombrables richesses des cultures d'Afrique
et l'apport important de l'Eglise d'Afrique à l'Eglise universelle, et ce dès l'origine. Nous
sommes en effet mutuellement enrichis les uns les autres dans les missions que nous
entreprenons les uns avec les autres en tant que frères et sœurs dans le Christ, en qui nous
trouvons notre vraie richesse et notre ultime espoir. Les défis majeurs auxquels l'Afrique
doit faire face aujourd'hui et le potentiel exceptionnel dont le continent bénéficie sont à la
fois une chance et un test pour notre solidarité mutuelle. Notre réponse à cette vocation à la
solidarité avec l'Eglise et les peuples d'Afrique nous permet d'exprimer notre amour « dans
nos actions et dans la vérité » (1 Jn 3,18), un amour sans frontières et sans limites à ce qui
peut être accomplis ensemble dans le Christ.
- Cardinal Angelo Sodano, discours au Nations-Unies, Sommet du Millénaire (8
septembre 2000).
- Jean Paul II, L'Eglise en Afrique (Ecclesia in Africa) (Paris: Cerf, 1995), nO57.
- United States Catholic Conference, Called to Global Solidarity: International
Challenges for U.S. Parishes (Washington, D.C.: United States Catholic Conference,
1997).
- Ecclesia in Africa, nO70.
- Ecclesia in Africa, nO40.
- cf. Statistical Yearbook of the Church, 2000 (Vatican City: Libreria Editrice
Vaticana, 2000), p. 35.
- Ecclesia in Africa, nO44.
- Ecclesia in Africa, nO106.
- Evêques du Cameroun, Corruption et bonne volonté(3 septembre 2000), p. 3.
- Conférence des Evêques Catholiques d'Afrique du Sud, Economic Justice in
South Africa (Pretoria, 1999), p. 25.
- cf. Conférence des Evêques Catholiques du Zimbabwe, Tolerance and Hope
(2001).
- Jean Paul II, Centesimus Annus, A l'occasion du centenaire de l'encyclique
Rerum Novarum (Paris: Cerf, 1991), nO31.
- cf. Cardinal Jozef Tomko, Message à l'Assemblée plénière du SECAM
(Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar) (Rome, 3
octobre 2000).
- Testimony of 2002 Foreign Assistance on behalf of the United States Catholic
Conference and Catholic Relief Services (mars 2001).
- Paul VI, Discours à l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et
l'Alimentation (AAO-FAO) (16 novembre 1970).
- L'initiative en faveur des pays les plus endettés a été lancée en septembre 1996
par le Fond Monétaire International et par la Banque Mondiale pour aider les pays
pauvres devant supporter une dette trop lourde pour eux. Cette initiative accorde des
fonds pour la réduction de la dette et demande également des réformes politiques
structurelles et sociales. Les économies réalisées sur la réduction de la dette doivent être
utilisées pour financer des programmes de réduction de la pauvreté, notamment dans le
domaine de la santé et de l'éducation.
- Bureau administratif, United States Catholic Conference, A Jubilee Call for Debt
Forgiveness (Washington, D.C., 1999).
- Jean Paul II, Lettre au Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi Annan, à
l'occasion de l'Assemblée Générale Spéciale des Nations Unies (26 juin 2001).
- National Conference of Catholic Bishops, Economic Justice for All: Pastoral
Letter on Catholic Social Teaching and the U.S. Economy (Washington, D.C.: United
States Catholic Conference, 1986).
L'Eglise en Afrique (Ecclesia en Africa):
livret en anglais seulement
N
o 5-059, pp. 144
Pour commander ce livret ou obtenir le catalogue des ouvrages disponibles auprès de
l'USCCB, appelez le numéro gratuit : 800-235-8722. Depuis Washington, D.C. ou
l'étranger, appelez le 202-722-8716. Visitez le site internet des évêques américains:
www.usccb.org.
- L'Afrique est la région du monde où l'augmentation du nombre de chrétiens est la
plus importante, avec désormais plus de 350 millions de chrétiens.
- L'Eglise catholique en Afrique compte plus de 116 millions de membres.
- Il y a en Afrique plus de 10.000 paroisses et plus de 75.000 missions.
- Dès la seconde moitié du 1er siècle de notre ère, les missionnaires chrétiens ont
porté le message de l'Evangile en Egypte, en Ethiopie, en Nubie (sud de l'Egypte
et nord du Soudan).
- Du XVe au XVIIIe siècle, l'activité missionnaire de l'Eglise s'est étendue à
travers des régions recouvrant l'actuel Angola, la République Démocratique du
Congo, le Zimbabwe, le Mozambique (zones sous influence portugaise en
Afrique de l'Ouest) ainsi qu'au Kenya.
- La troisième phase d'activité missionnaire de l'Eglise a vu, depuis la seconde
moitié du XVIIIe siècle jusqu'à la 2nde guerre mondiale, l'établissement de
l'Eglise en Afrique de l'Ouest, de l'Est, en Afrique Centrale et du Sud. Parmi les
pays ainsi évangélisés, on compte la Sierra Leone, le Nigeria, le Ghana, le
Dahomé (Bénin), l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie,
l'Ouganda, le Soudan, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi.
- Depuis le concile Vatican II, l'Eglise en Afrique s'est inculturée, s'est africanisée
et porte désormais l'Evangile « jusqu'aux extrémités de la terre. » (Actes 1,8)
Sources: Annuaire de l'Eglise, 2000 (Cité du Vatican: Libreria Editrice Vaticana, 2000);
David B. Barrett, George T. Kurian, Todd M. Johnson, eds. World Christian
Encyclopedia: A Comparative Survey of Churches and Religions in the Modern World,
2ème édition (Oxford: Oxford University Press, 2001); John Baur, 2000 Years of
Christianity in Africa: An African History, 62-1992 (Nairobi: Daughters of St. Paul,
1994); Jean Paul II, Ecclesia in Africa.
_______________________
- Les maladies infectieuses, y compris le Sida/VIH, la tuberculose et le paludis-me,
sont responsables de près de la moitié des décès dans les pays en voie de
développement. Ces trois maladies à elles seules sont la cause de plus de 300
millions de malades et plus de 5 millions de morts chaque année.
- Ceux qui sont les plus touchés par la maladie sont les personnes les plus pauvres
qui n'ont pas accès aux soins médicaux, aux médicaments, à de l'eau potable ou
bien ne reçoivent pas une ration alimentaire journalière suffisante.
- Ces maladies ont pour conséquences sociales et économiques la continuation et
l'aggravation de la pauvreté à travers la perte d'emploi, l'échec scolaire, la baisse
des investissements financiers et une plus grande instabilité sociale.
- Lorsque plus de 20% des adultes sont infectés par le VIH, les économies
africaines voient reculer leur PNB de 1% par an. C'est le cas du Botswana, de
l'Afrique du Sud, du Lesotho, du Malawi, du Zimbabwe, de la Zambie, du Kenya
et ailleurs également.
- Combattre les effets négatifs du paludisme coûterait environ un milliard de
dollars par an. Eliminer le paludisme permettrait aux pays sub-sahariens de voir
leur PNB croître de 3 à 12 milliards de dollars par an.
- Si un milliard de dollars était dépensé chaque année pour lutter contre la
tuberculose, 70% des cas pourraient être traités faisant ainsi baisser la moralité de
50% dans les 5 ans à venir.
Source: Organisation Mondiale de la Santé, VIH, tuberculose et paludisme : trois
maladies infectieuses qui constituent des menaces majeures, Eléments de base en vue des
discussions du G-8 (juillet 2000), Point de repère no1.
_______________
« Un jeudi, au marché de Toroji, [les forces de sécurité du gouvernement] m'ont accusé
de coopérer avec les rebelles [de l'Armée de Libération des peuples du Soudan], mais
elles n'avaient aucune preuves même après enquête. Pendant mon arrestation, ils m'ont
torturés de toutes les façons possibles. Ils m'ont jeté entre la vie et la mort. Après
m'avoir torturé, les [forces] de sécurité décidèrent que j'étais innocent et ils m'ont libéré
pendant qu'ils continueraient leur enquête. Ils ont dit que j'étais un rebelle. J'ai refusé
d'être appelé ainsi et j'ai dit que je ne connaissais pas le mot « libération » depuis que
j'étais né. Je leur ai dit que j'étais un chrétien, que je sers l'Eglise. Si donc vous me
torturez parce que je suis chrétien, évidemment je suis et reste chrétien et j'accepte que
ce que vous faites. Ils m'ont dit que cela ne m'empêcherait pas d'être traité comme un
criminel et ils ont commencé différentes tortures. Ils m'ont frappé pendant trois heures
sans arrêt, ils ont brûlé ma main avec un fer chauffé à blanc, ils ont coupé mes doigts
avec des pinces, ils ont essayé de me trancher la gorge.
« Un officier de la sécurité était présent et il a ordonné que je sois crucifié au soleil sur un
tank de l'armée. Ils m'ont battu et ont lié mes pieds et mes mains comme sur une croix.
C'était entre une heure et deux heures de l'après-midi et le soleil était très chaud. […] Le
diable et l'Esprit de Dieu ont commencé à batailler en moi. L'esprit mauvais disait : « Tu
n'as qu'à mentir et après tu seras libre. » Mais à la fin, j'ai pris mon courage à deux
mains et je me suis souvenu de ce qui est écrit: « Si tu me renies devant le monde, je te
renierai devant mon Père et ses anges » et aussi « Soyez fidèles jusqu'à la mort et je vous
donnerai la couronne de la vie. » Je suis devenu encore plus courageux lorsque je me suis
souvenu de ce qui était arrivé dans l'Ancien Testament à Shadrak, Méshak et Abed-Négo
lorsqu'ils furent jetés dans la fournaise. J'ai réussi à rester fidèle et j'ai vaincu Satan par
le pouvoir de Jésus Christ. »
Source: Testimony of Gabriel Tutu, Christian Evangelist, in R. Werner, W. Anderson,
and Andrew Wheeler, Day of Devastation, Day of Contentment: The History of the
Sudanese Church Across 2000 Years (Nairobi, Paulines Publications Africa, 2000), 611-120.
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Source: Testimony on 2002 Foreign Assistance on Behalf of the United States Catholic
Conference and Catholic Relief Services (March 2001). APD signifie Aide Publique au
Développement.
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« Le drame du Sida ne menace pas seulement certains pays ou certaines sociétés mais
bien l'ensemble de l'humanité. Le Sida ne connaît pas de distinctions de race, d'âge, de
condition sociale ou bien de géographie. […] Il demande un suprême effort de
coopération internationale de la part des gouvernements, de la communauté scientifique
et médicale mondiale et de tous ceux qui exerce une influence afin de développer dans la
société un sens de la responsabilité morale. » (Jean Paul II, Visite en Tanzanie, 1990).
- Le Sida/VIH est la première cause de mortalité en Afrique.
- Plus de 25 millions d'adultes et d'enfants sont infectés par le VIH en Afrique sub-saharienne, ce qui représente plus de 70% de la population mondiale infectée.
- Le taux d'infection parmi les adultes en Afrique sub-saharienne est d'environ
8,8%. Seize pays, principalement en Afrique de l'Est ou du Sud, ont des taux
- d'infection supérieurs à 10%, dont le Botswana qui dépasse les 35%. On estime à
17 millions le nombre d'Africains morts du Sida, dont 2,4 millions en l'an 2000.
- On estime à près de 13 millions les orphelins à cause du Sida qui doivent
également faire face aux risques de malnutrition, de replacements sociaux, de
perspectives d'éducation plus limitées et d'enrôlement pour le service militaire ou
bien dans des milices militaires. D'ici 2010, on estime que 18 millions d'enfants
africains seront orphelins à cause du Sida.
- ONUSIDA estime qu'en Afrique sub-saharienne au moins la moitié des enfants
âgés de 15 ans mourront du Sida.
- On estime que chaque année 600.000 enfants africains sont contaminés par le
VIH lors d'une transmission de la mère à l'enfant, soit lors de la naissance, soit
lors de l'allaitement au sein.
- Les taux d'infection dans nombre d'armées africaines sont extrêmement élevés.
Plus de 40% de l'armée d'Afrique du Sud est contaminé par le VIH. Les taux
d'infection parmi les 7 armées actuellement engagées dans le conflit en
République Démocratique du Congo ont été estimés entre 50 et 80%.
Sources: ONUSIDA, Rapport sur la pandémie de Sida/VIH (juin 2000); R. Copson,
Congressional Research Service Issue Brief for Congress, ‹‹ AIDS in Africa ›› (12
décembre 2000).
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- 7 pays en Afrique sub-saharienne sont parties prenantes au traité de 1997
- sur l'interdiction des mines anti-personnelles et quatorze autres pays sont
- signataires.
- Depuis mars 1999, les mines anti-personnelles ont été utilisées dans plus de
conflits en Afrique (8 conflits) que dans n'importe quelle autre région du monde.
- En Afrique sub-saharienne, vingt-six pays, plus le Somaliland, sont touchés par le
problème des mines : Angola, Burundi, Tchad, Congo Brazzaville, Djibouti,
République Démocratique du Congo, Erythrée, Ethiopie, Guinée Bissau, Kenya,
Liberia, Malawi, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Rwanda, Sénégal,
Sierra Leone, Somalie, Soudan, Swaziland.
- En 1999, les Etats-Unis et l'Europe ont accordé, au travers de fonds d'aide, près
de 40 millions de dollars à douze pays d'Afrique sub-saharienne pour des
activités de déminage et d'éducation.
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« Les entreprises et les institutions financières des Etats-Unis peuvent également aider à
déterminer la justice ou l'injustice de l'économie mondiale. Elles ne sont pas
omnipotentes mais leur pouvoir réel n'en est pas moins indéniable. Les entreprises
transnationales et les institutions financières peuvent apporter une contribution
substantielle au développement et à la solidarité globale. Le Pape Jean Paul II a fait
remarquer, cependant, que le désir de maximiser les profits et de réduire le coût des
ressources naturelles et du travail a souvent poussé ces entreprises transnationales à des
comportements qui augmentaient les inégalités et diminuaient la stabilité de l'ordre
international. En collaboration avec les gouvernements nationaux qui servent d'une façon
équitable les intérêts de leurs concitoyens et avec les agences intergouvernementales, ces
compagnies peuvent contribuer à améliorer la condition désespérée dans laquelle nombre
de personnes se débattent à travers le monde. » (extrait de Economic Justice for All:
Pastoral Letter on Catholic Social Teaching and the U.S. Economy, no116)
Principes gouvernant un investissement responsable :
- Ne pas faire de tort : (a) refuser d'investir dans des compagnies dont les produits
et/ou les politiques sont contraires aux valeurs défendues par l'enseignement
moral de l'Eglise ; (b) retirer ses investissements des compagnies qui n'épousent
pas de telles valeurs.
- Faire le bien : (a) Essayer de découvrir et décider d'investir dans des
compagnies qui promeuvent les valeurs défendues par l'enseignement moral de
l'Eglise ; (b) rechercher des investissements alternatifs, c'est-à-dire des
investissements qui ont éventuellement un taux de retour sur investissement plus
faible mais qui tiennent compte de l'engagement de l'Eglise en faveur des
pauvres dans le monde.
- Participer activement dans la gestion des entreprises : exercer les
responsabilités normales de tout actionnaire notamment en votant d'une façon
responsable les résolutions des actionnaires et lors de l'élection des mandataires
afin d'influencer la culture d'entreprise et de modeler les politiques de
l'entreprise et ses décisions. Ceci est une stratégie particulièrement utile lorsque
des investissements d'origines diverses sont engagés.
Sources: "Socially Responsible Investment Guidelines," Origins 21:25 (28 novembre
1991); National Conference of Catholic Bishops, Economic Justice for All: Pastoral
Letter on Catholic Social Teaching and the U.S. Economy.